Les Cahiers d'études d'Olivier Pons

Ce blog est le récit d'une pérégrination, à la fois intérieure, spatiale et temporelle. Intérieure, car le but recherché est une meilleure reconnaissance de soi, en tant qu'esprit incarné soumis aux lois d'un monde mû, a priori, par la violence. Spatiale, car les révélations surgissent au travers de situations, qui, elles, ont besoin d'un lieu, d'un théâtre, pour s'exprimer. Temporelle, car la finalité n'est pas tant la connaissance de soi, mais plutôt la démarche entreprise, le chemin suivi, l'évolution accomplie, pour l'atteindre.
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Le faucon et le corbeau

, 12:48 - Lien permanent

Le corbeau est un charognard qui se nourrit des reliefs d'une proie délaissée par un prédateur. Dans la culture populaire, il est associé à la tromperie, l'escroquerie et la manipulation, qui ont toutes les trois comme base le mensonge. Ne dit-on pas d'une personne, qu'elle "est rongée par le mensonge", un peu comme une carcasse sur laquelle on viendrait retirer par lambeaux les chairs ? Le corbeau est présent dans chacun de nous, ne serait-ce sous l'envie d'un philtre d'amour, d'une baguette magique ou d'un super pouvoir, qui modèleraient notre entourage : bref, trois outils de manipulation.

Pour les Amérindiens le faucon est associé à l'écoute du coeur, à celui qui observe et dévoile les messages cachés derrière les événements ordinaires. C'est cette petite voix qui a permis de sauver des milliers d'enfants de la déportation pendant la seconde guerre mondiale. C'est elle qui nous fait accomplir des gestes humains en dépit de l'autorité imposée.

Le faucon est un chasseur qui se nourrit d'oiseaux et de petits gibiers terrestres. Parmi ses proies, il y a le corbeau. Or, un faucon chassant un corbeau, avec ces symboles, se traduit par : "le coeur décèle, derrière les événements ordinaires, la tromperie, l'escroquerie et la manipulation" .

Dans l'article "L'eau vue du ciel", un choix individuel est proposé entre la vie et le profit. Une invitation à vivre en harmonie avec la Nature, en corrigeant ses erreurs à l'aide de la technologie, est préconisée. Cependant, la vie moderne semble plus facile que celle de la préhistoire. En effet, il est plus confortable de se rendre au supermarché du coin en voiture et garantir le repas, que de passer la journée à chasser et rentrer bredouille. Heureusement, l'harmonie envisagée ne se réduit pas à l'activité d'un chasseur-cueilleur. Elle est beaucoup plus générale, comme le développe ce billet.

D'après le Larousse, la définition de l'harmonie qui sera retenue est : "la qualité d'un ensemble qui résulte de l'accord de ses éléments et de leur adaptation à une fin."[1]

L'ensemble est la Nature, c'est-à-dire tout ce qui vit sur Terre. Sa fin est sa disparition inéluctable, provoquée dans le pire des cas par la mort du Soleil. Celle-ci est prévue dans cinq à sept milliards d'années, et pendant ce sursis, chaque espèce vivante s'adapte pour que sa lignée ne s'éteigne pas prématurément. Pour vivre, elles respectent toutes le même accord : se nourrir des autres pour rester en vie, et ce, quels que soient les moyens utilisés. Certaines boivent la dissolution des cadavres, comme les plantes, d'autres se régalent des morts, comme les corbeaux, d'autres chassent comme les faucons, ou broutent, voire cueillent.

Pour nous, vivre en harmonie avec la Nature, c'est être conscient de lui appartenir, et vouloir préserver notre espèce jusqu'à ce que la vie disparaisse. Nous en déduisons alors l'importance de ne prélever dans l'environnement, que ce qui est nécessaire : le gaspillage est source de pénurie.  Mais quelles erreurs a bien pu faire l'humanité, pour rompre cette harmonie  ?

Les contacts établis avec les tribus contemporaines de chasseurs-cueilleurs, montrent que pour elles, l'espace ne fait qu'un, le clan est unifié, et l'individu peut exécuter la quasi totalité des travaux. Il peut soigner, chasser, fabriquer, ou troquer. Le partage de l'espace et du rôle de chacun dépend du travail à faire à l'instant présent. Les jeux de construction en équipe permettent une approche succincte de ce mode de fonctionnement. Chaque membre a comme objectif la réalisation de l'objet, et celui qui gaspille empêche l'équipe d'aboutir. Nos ancêtres du paléolithique vivaient déjà ainsi, il y a un peu plus de trois millions d'années. D'où, l'existence actuelle de telles tribus prouvent que vivre en harmonie avec la Nature est très stable dans le temps.

A contrario, les Sumériens qui optèrent pour l'agriculture contrôlée par l'irrigation, avaient une vision du monde plus moderne, marquée par la division. Le territoire était découpé en parcelles, les hommes répartis en camps et une loi écrite, distribuait les libertés. Nous retrouvons ce concept dans le jeu d'échec, où, sur un espace morcelé en cases, évoluent les pièces de chacun des deux camps, selon une liberté de mouvement imposée par leur forme. La civilisation Sumérienne, bien que plus complexe qu'une tribu de chasseurs-cueilleurs, s'éteignit en moins de deux mille ans, des conséquences de ce qui en fit sa splendeur. L'irrigation entraîna la désertification !

La principale différence entre les deux modes de vie, tribu et civilisation, réside sur la distribution de l'espace, des rôles et des libertés. La tribu pratique le partage, et la civilisation, la division. Précisons les notions de division et de partage, telles qu'elles sont employées ici. Lors d'un partage, les parties se sont mises d'accord sur la répartition. Dans le cas d'une division, il n'y a pas d'accord : un groupe impose les attributions à l'autre.

Comme nous l'avons vu avec les jeux, le partage permet la construction en commun, quand la division renforce le gain de l'un par la destruction de l'autre (jeu d'échec).

La division de l'espace inverse la relation d'appartenance. L'homme devient propriétaire foncier et exige à la Nature son dû. Celle de la population favorise la préservation de certaines lignées au détriment des autres. Par exemple, l'espérance de vie, au XIX°s, d'un esclave Antillais était de cinq ans après sa capture. Son maître vivait suffisamment longtemps pour le remplacer plusieurs fois. Enfin, celle des libertés génère du gaspillage. Dans la chasse et la pêche alimentaires, seul ce qui sera consommé est prélevé, Dans la pêche industrielle et l'élevage intensif, ce qui n'est pas rentable est dédruit.

La division rompt l'harmonie. Elle repose sur la tromperie que la Nature appartient à l'humanité, la manipulation de la population pour la hiérarchiser des grands hommes aux gueux, et l'escroquerie, que les premiers ont tous les droits, quand les derniers doivent s'estimer heureux des rares aumônes consenties. Les corbeaux sont au festin. Nos erreurs semblent là.

Notes:

[1] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/harmonie/39112

[2] http://larhyss.net/ojs/index.php/larhyss/article/download/85/79

Évaluer ce billet

4/5

  • Note : 4
  • Votes : 1
  • Plus haute : 4
  • Plus basse : 4