Les Cahiers d'études d'Olivier Pons

Ce blog est le récit d'une pérégrination, à la fois intérieure, spatiale et temporelle. Intérieure, car le but recherché est une meilleure reconnaissance de soi, en tant qu'esprit incarné soumis aux lois d'un monde mû, a priori, par la violence. Spatiale, car les révélations surgissent au travers de situations, qui, elles, ont besoin d'un lieu, d'un théâtre, pour s'exprimer. Temporelle, car la finalité n'est pas tant la connaissance de soi, mais plutôt la démarche entreprise, le chemin suivi, l'évolution accomplie, pour l'atteindre.
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Une fée numérique ?

, 13:12 - Lien permanent

Les réseaux sociaux font désormais partie de notre quotidien. Leur gratuité crée l'illusion d'un service public, alors qu'en fait, ils ne sont que des services proposés par des entreprises lucratives. L'utilisateur, aveuglé par l'expression de son ego, s'y exhibe, expose sa vie privée et dévoile son caractère. Persuadé d'être protégé derrière l'écran de son ordinateur, il oublie que dans le monde numérique, il peut aussi être une proie.

Le 19/06/2008 , le clerc d'huissier habilité aux constats entre dans le bureau, accompagné du PDG et du DRH. Instinctivement, le PDG referme la porte. Le clerc le réprimande fermement. L'action doit être visible de tous. Ils sont tous les trois devant un commercial qui s'apprêtait à partir. Le clerc lui ordonne de s'éloigner de l'ordinateur. Il s'exécute. Sur l'écran, la page d'un site de rencontres affiche sans vergogne une discussion de plusieurs heures clôturée par un rendez-vous. Au lieu de prospecter la clientèle, le commercial voulait transpirer dans la chaleur des saunas, en galante compagnie. La présence des trois hommes compromit sérieusement des semaines d'approche, pour une femme vraiment exceptionnelle.

Elle, au pseudonyme félin, est une rousse aux yeux verts de 1,75 m. Agée d'une trentaine d'années, elle est célibataire et exerce une profession libérale. Adepte des sports individuels, elle se dope à l'adrénaline. Elle est d'abord apparue sur Facebook. En s'abonnant aux pages de ses activités sportives, elle attira les lourdeaux du net, suivis par quelques élus à la braguette rapide, parfois amis des premiers. Puis, ayant acquis quelques amis, elle s'intéressa aux actualités en écrivant des commentaires dans la presse en ligne. Très rapidement un journaliste commença à la courtiser. Puis des acteurs économiques prirent la relève. Voyant son charme agir, elle s'inscrivit sur un site de rencontres, où des hommes, des femmes et des couples lui firent des avances. Alors, elle passa de flirt numérique en flirt numérique, jusqu'à ce qu'il l'aborde.

Lui, de taille moyenne et à la peau mat, a un faible pour les belles mécaniques. N'ayant pas eu le cran d'ouvrir son propre garage, il tue le temps en trompant la mère de son enfant. La société qui l'emploie lui fournit tous les moyens : Internet, téléphone et véhicule. Et la loi lui autorise de les utiliser à des fins personnelles, dès l'instant où l'usage reste raisonnable. Hélas, rien ne définit la notion de "raisonnable" dans les textes législatifs. Alors, il a commencé de façon sporadique, sans éveiller la Direction. Puis, petit à petit, il s'est octroyé de plus en plus de temps, et ses objectifs ont chuté. Il y a un mois, la Direction l'a convoqué. Mais, s'apercevant qu'elle ignorait tout de ses pratiques, il a justifié la perte de performance par une dégradation du réseau informatique.

Il y a une quinzaine de jours, il la rencontra sur le site et consulta les réseaux sociaux. Sans le moindre doute, c'est une femme de choix, hélas, très éloignée de son monde social. Après plusieurs hésitations, il se lance et se présente. Elle accepte. Il n'en revient pas. Une discussion est amorcée. D'abord sur des banalités, puis au fil des jours, la demande est plus ciblée. Dernière épreuve : comment dire à la dame si elle veut de lui ? La formule est touchante : il s'interroge si leur différence de couleur ne la gênerait pas. Elle lui repond qu'au contraire, le contraste de sa main sur sa peau serait excitant. "Il est férré", se disent-ils, de l'autre côté du Net.

Comment ça, "ils" ?

Lorsque la Direction l'avait convoqué, elle avait déjà eu vent du comportement du commercial. Suite à sa réponse, elle avait fait analyser le réseau informatique, dont les résultats signalaient une utilisation quasiment exclusive vers un site de rencontres. Le soupçon confirmé, il fallait un flagrant délit. Une équipe a alors développé et animé une femme virtuelle à partir de ses publications sur les réseaux sociaux, dans le seul but de faciliter le constat d'un usage déraisonné des moyens de la société.

Notre Don Juan quitta l'entreprise, se rapprocha de sa famille et ouvrit son garage.

La rousse aux yeux verts était peut-être un fée.

Miaaaou

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