Olivier, C. PONS : Bonjour Guy, pourriez-vous vous présenter succinctement ?

Dr. Guy Pignolet : Bonjour Olivier, bonjour toute domoun ! Mes formations initiales d’ingénieur et de globe-trotter m’ont depuis une bonne quarantaine d’années amené à devenir un éducateur spatial reconnu dans le monde entier et en particulier à La Réunion, où nous sommes les champions du Monde de la diversité.

OCP : Pourquoi cet intérêt pour l’Espace ?

Dr. GP : Jusqu’en 1978, où j’avais déjà 36 ans, l’Espace était pour moi quelque chose d’exotique. Comme tout le monde j’avais suivi les aventures de Gagarine, de Léonov, d’Armstrong, et de Carl Sagan qui avait posé une sonde sur Mars. Mais tout ça c’était lointain, hors de portée pour un petit ingénieur devenu prof de collège par les hasards de la vie.

La révélation est venue lorsque je suis allé visiter le musée de la NASA dans la petite cité de Huntsville où les Américains avaient installé leurs Allemands constructeurs de fusées tandis qu’en France, on les avait cachés à Vernon. Il fallait voir et toucher du matériel, comprendre que les technologies spatiales étaient à peine plus compliquées que les moteurs de voitures ou les postes de télévision. J’en ai rendu compte dans le JIR quand son directeur d’alors m’a offert sa dernière page pendant toute une semaine.

OCP : Comment êtes-vous entré au CNES ?

Dr. GP : Des amis de jeunesse qui travaillaient au CNES et à qui j’avais envoyé mes articles du JIR m’ont dit que le CNES était nul en matière de perspectives, et m’ont invité à écrire un petit papier sur l’exploitation minière des astéroïdes pour un congrès mondial qui se déroulait à Munich. Pendant le dîner de gala, mes amis français m’ont dit que le CNES avait été invité par les Soviétiques à leur envoyer un cosmonaute, et mes amis m’ont dit que j’avais un bon profil. J’ai commencé par passer un examen médical de pilote professionnel à la base aérienne de Gillot, puis j’ai enchaîné sur une série de tests à Paris et à Brétigny pendant une quinzaine de jour avant de me faire éliminer quand j’étais au vingtième rang derrière Chrétien et Baudry. Mais il n’y avait que deux places. Comme j’avais rempli pour la sélection trente pages de curriculum vitae, c’est là où j’ai reçu une offre d’emploi pour venir travailler au CNES, à Toulouse, puis au siège à Paris.

OCP : Comment voyez-vous l’avenir du spatial français ?

Dr. GP : Yves Sillard, qui était Directeur Général du CNES, m’a regardé dans les yeux et m’a dit : « Guy, ton travail c’est de créer au CNES un département de perspectives ». J’ai essayé pendant 25 ans, mais j’ai échoué. Il y a des gens très brillants au CNES, mais ils sont écrasés par la bureaucratie à la française, c’est malheureusement comme ça. Le CNES a fait quelques belles petites choses, mais il n’y a pas d’avenir spatial français.

OCP : En quoi La Réunion est une terre propice au développement du spatial ?

Dr. GP : La Réunion ne peut pas grand-chose pour le développement spatial français. C’est clair pour ceux qui ont un esprit lucide, mais nos politiciens et les dirigeants de nos grandes entreprises ne peuvent même pas comprendre, ils n’ont pas été formés pour ça. Les Réunionnais, il y en a beaucoup qui ont l’esprit ouvert, peuvent développer le spatial réunionnais dans un contexte non pas français, mais mondial.

OCP : La Réunion a-t-elle une expérience dans ce domaine ?

Dr. GP : Le 20 décembre 1996, le Premier Secrétaire de l’Ambassade de Russie est arrivé dans mon bureau avec un cameraman de la télévision de Moscou, un professeur d’un collège technique chaudronnerie dans une république russe du Caucase, et trois jeunes d’une quinzaine d’année, qui voulaient faire un modèle réduit fonctionnel du premier spoutnik, et qui cherchaient des partenaires français de leur âge pour réaliser la partie qui ferait « bip-bip ». Le projet « Spoutnik-40-Ans », conçu et fabriqué par cinq jeunes Russes de Naltchick et sept Réunionnais de Saint-Denis, a été une réussite exceptionnelle, qui après son lancement à la main dans l’Espace depuis la station spatiale MIR par le cosmonaute russe Pavel Vinogradov, a été reçu par plus de mille radio-amateurs d’une quarantaine de pays, premier satellite « collégien » du monde. Ensuite, un lycée de Saint-Denis a fabriqué une structure de satellite qui a été lancée par une fusée indienne. Nous avons aussi envoyé dans l’Espace un letchi momifié qui tourne à cinq cents kilomètres de la Terre, et une mèche de cheveux avec ADN réunionnais, qui vogue sur une orbite lointaine à cent trente millions de kilomètres de Sainte-Rose.

OCP : Au début de notre siècle, vous avez animé des conférences sur l’analogie entre La Réunion, d’une part, et Mars et la Lune, d’autre part. Comment a été accueilli ce rapprochement entre les trois sites ?

Dr.GP : Autour de l’an 2010, il y a eu une centaine de petites conférences qui le vendredi soir réunissaient quelques passionnés au SALM, le Site Analogue Lune Mars de La Réunion. Les volcans sont un peu partout dans le Système Solaire sur les planètes et leurs satellites, et le fait que notre volcan compte parmi ceux qui sont le plus et le mieux étudiés dans le monde fait de notre île en centre d’étude privilégié pour réfléchir et préparer l’exploration et bientôt notre implantation humaine dans la totalité de l’espace solarien, à commencer par le complexe Terre-Lune.

OCP : Curiosity a foulé le sol martien sans avoir traversé la Plaine des Sables. Pensez-vous que d’autres opportunités pourraient se présenter ?

Dr .GP : En 2007 la NASA a implanté pendant quelques jours sur le Piton Cascades une station de poursuite pour le lancement de la sonde New Horizons vers le système de Pluton et les objets lointains de la Ceinture de Kuiper où tournent plus d’un millier de « planètes naines ». En ce moment un étudiant réunionnais poursuit au Japon un doctorat dans le domaine des futures centrales électriques du Space Power, sans oublier qu’au début des années 2000, l’Université de La Réunion a été leader européen dans ce secteur de la recherche spatiale.

OCP : Sept années se sont écoulées entre l’instant où la sonde SELENE a cartographié la Lune et celui où le père du projet UZUME, le Dr. Junichi Haruyama, a visité les tunnels de l’île. Comment l’avez-vous connu ?

Dr.GP : Dans les années 90, j’ai été longuement invité dans les laboratoires de l’agence spatiale japonaise ISAS/JAXA et c’est là où j’ai rencontré de nombreux collègues qui sont devenus des vrais amis.

OCP : Construire et animer un réseau international demande du temps. Qu’apporte la participation à un congrès ?

Dr. GP : Participer à un congrès mondial permet de sentir ce qui est dans l’air du temps, et de rencontrer des collègues et des partenaires qui au fil des années permettent de constituer un réseau personnel solide, je dis bien « personnel », parce que je suis inondé de mails des réseaux dits « sociaux » que je mets directement à la poubelle.

OCP : Vous avez accompagné plusieurs délégations réunionnaises dans des congrès comme l’IAC, le COSPAR et l’ISTS. Pourriez-vous nous préciser la particularité de chacun d’entre eux et l’accueil fait aux Réunionnais ?

Dr. GP : Le congrès mondial IAC a été créé en 1950 par Alexandre Ananoff, l’année où il a été le conseiller technique de Hergé pour ses albums de Tintin Obectif Lune et On a marché sur la Lune. Chaque année l’IAC réunit maintenant près d’une dizaine de milliers de participants parmi lesquels figurent quelques Réunionnais, autour de toute la panoplie des technologies de l’Espace. Une semaine de participation à l’IAC est aussi enrichissante qu’une année d’études à l’Université. Le COSPAR est plus orientée vers la recherche scientifique. Quand à l’ISTS, c’est une grande manifestation japonaise, destinée à préparer les étudiants et les chercheurs japonais à leur participation aux travaux de la communauté mondiale.

OCP : Et comment ces participations ont-elles été accueillies par les acteurs économiques de l’île ?

Dr. GP : Largement ignorées, autant par les industriels réunionnais que par l’Université ou les média, encore englués dans la colle d’un passé dépassé.

OCP : Merci Guy pour vos réponses.

Dr. GP : Ce fut un plaisir de répondre à tes questions.