Tout commence à partir d’un simple constat : la Terre est frappée régulièrement par une catastrophe planétaire. Notre planète porte les stigmates de la météorite qui serait à l’origine de l’extinction des dinosaures, et ceux de Pompéi, ville romaine qui fut recouverte par les cendres du Vésuve. Plus proche de notre époque, il y a Tchernobyl et Fukushima, deux catastrophes d’origine humaine, dont le souvenir ne freine pas la menace d’utiliser l’arme nucléaire. Pendant que les gouvernements rêvent de reproduire Hiroshima et Nagasaki, le dérèglement climatique déclenche de plus en plus de catastrophes. Tempêtes, cyclones, et tsunamis ravagent les régions côtières, là où est concentrée la population humaine.

Éviter l’extinction de notre espèce devient le challenge de notre siècle. Encore faut-il que nous ayons suffisamment de temps pour y remédier. Deux voies principales sont à l’étude : les armes pour dévier les astéroïdes, et le radeau de sauvetage. Ce dernier se décline en villes en orbite, comme celle dans le film Elysium, et en modèles plus telluriques : la Lune et Mars.

Suite à la Seconde Guerre mondiale, le Japon a été contraint à limiter son armée à la défense nationale. Aussi, lorsque les puissances de l’armement rivalisaient dans les performances des lanceurs d’ogives nucléaires - les missiles - lui se focalisait sur l’exploration robotique du système Terre-Lune, et donna naissance à la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency). Lorsque la théorie de la genèse de la Lune énonça la présence d’un magma aux environs de 4 à 3,2 milliards d’années, l’archipel nippon, issu de la friction tectonique, devenait un lieu d’étude idéal. C’est comme ça que le Dr. Junichi HARUYAMA est devenu une figure emblématique de l’exploration des trous verticaux et des cavités souterraines lunaires et martiens. Ce chercheur de l’ISAS (Institute of Space and Astronautical Science), qui est une section de la JAXA, a parcouru le monde pour explorer les différents tunnels de lave présents sur la Terre et comprendre leur formation. Son expertise lui a permis de localiser entre 2008 et 2009 trois sites lunaires pouvant accueillir une première colonie humaine.

Mais quel est l’intérêt des tunnels de lave sur la Lune, pour nous, terrien ?

Si la Lune doit devenir le radeau de sauvetage de l’humanité, elle doit pouvoir lui offrir un minimum de confort. Or, elle est fortement hostile à la vie. Elle n’a pas d’atmosphère, ni d’eau liquide. Elle est en permanence bombardée par des micro-météorites. La différence de température entre le jour et la nuit est de 270°C : 120°C le jour et -150°C la nuit. Et, pour finir, n’ayant pas de magnétosphère, elle subit un rayonnement électromagnétique fortement létal. Si dans certaines conditions, il est possible d’y envisager un séjour de quelques heures, son utilisation à l’échelle d’une vie humaine est impossible.

Le tunnel de lave y remédie.

Le sol lunaire, composé de régolithe contient de l’oxygène à volonté. Par endroit, il a capturé de fortes quantités d’eau qu’il préserve de façon solide. Il offre un bouclier naturel contre les micro-météorites et les ondes électromagnétiques. Enfin, à l’intérieur des tunnels, la température est stable à -20°C. De ce fait, il est envisageable d’y installer des logements qui offriraient, via des machines, des conditions idéales pour maintenir la vie humaine. Reste alors leur accès.

Le basalte est une roche très dure, difficile à forer. Un trou vertical suffisamment large pourrait alors servir d’entrée. Les trois emplacements découverts par la sonde SELENE peuvent accueillir une installation aux dimensions proches de celles du stade du Parc des Princes.

Cependant, la sonde SELENE n’a que survolé la Lune et n’a pas pu transmettre des images de l’intérieur des cavités. Aussi, les Japonais, très friands de golf, envisagent de réaliser un « Hole-in-one », avec la sonde UZUME. Celle-ci a besoin d’avoir le maximum d’informations sur la formation des tunnels de lave.

La Réunion est une île volcanique active, dont les coulées sont régulières. Il est possible de voir à l’échelle humaine comment s’accumule la lave au fil des éruptions. Un observatoire y est installé et collecte les données sur plusieurs siècles, soit en récupérant les récits des explorateurs, soit en mesurant l’activité avec des capteurs électroniques connectés. Faisant partie des volcans les mieux documentés, la Fournaise est une aubaine pour un spécialiste des tunnels de lave.

A la tête de la Cité du volcan, nom du musée qui supervise l’observatoire, un Directeur scientifique, M. Patrice HUET, passionné de géologie, a ouvert au Dr. Junichi HARUYAMA l’accès aux entrailles du volcan du 6 au 8 novembre 2025, soit une quinzaine d’années après l’idée du SALM (Site Analogue Lune Mars), où le Dr. Guy Pignolet présentait lors de conférences - les « cafés martiens » – les analogies entre les systèmes volcaniques de la Lune, Mars, et La Réunion.

Ayant eu la chance de participer à l’événement, je vous propose de découvrir les acteurs au travers d’interviews. Celles-ci sont des questions-réponses écrites. Les interviewés ont reçu par mail les questions et y ont répondu par retour.